Promontoire granitique de 2,5 km de longueur et de 259 hectares dont le point culmine à 169 mètres d’altitude, la presqu’île de la Revellata, de l’anse Recisa à la Punta Vaccaghja, au littoral très découpé, est bordée, à l’ouest, de falaises escarpées tandis que la façade orientale, aux nombreuses anses profondes et bien abritées, s’incline doucement vers la mer.
C’est un cap tout à fait exceptionnel. Une route en terre sillonne la presqu’île du nord au sud et un ancien sentier piétonnier, dit chemin du phare, longe le rivage oriental.
Les mesures de protection mises en place depuis une trentaine d’années, n’ont pas permis d’assurer la totale sauvegarde du site et les pressions se font de plus en plus menaçantes pour l’équilibre naturel.
Le site de la Revelatta est inscrit set bénéficie de plusieurs autres protections : • ZNIEFF 1 • Site Natura 2000 • Zone ND du POS de Calvi • Espace remarquable de la loi Littoral • Zone de préemption du conservatoire du littoral
Cet espace naturel encore vierge, à proximité du centre urbain de Calvi, représente une zone d’une richesse peu commune, tant aux plans historique (traces de peuplements néolithiques), socioculturel (phare bâti au xixe siècle, exploitation agropastorale), que naturaliste. En effet, le caractère relativement préservé de cette zone lui confère une richesse spécifique exceptionnelle.
De nombreuses espèces animales et végétales protégées sont présentes au sein de la Revellata. Cinq espèces végétales sont protégées par 2 arrêtés : l’Armeria de Soleirol, le Seseli de Boccone (endémiques cyrno-sardes), le genêt à feuilles de lin, l’Asplenium marin et l’Ornithogale sans tige (espèces corses).
Les oiseaux protégés y sont nombreux : balbuzard pécheur, faucon pèlerin, cormoran huppé, pigeon biset, aigle royal, fauvette sarde, martinets pâles et à ventre blanc, petits gravelots…
Un gecko protégé, le phyllodactyle d’Europe y est présent.
Des dunes fossiles y occupent une superficie appréciable mais d’épaisseur faible. Ces dunes fossiles renferment une grande quantité de calcaire provenant de fragments de coquilles et autres organismes marins. Cela leur confère une singularité dans une région où les substrats calcaires sont exceptionnels. Ce sont des dépôts quaternaires constitués sous l’action du vent dominant du sud-ouest, qui ont, lors de leur mise en place, dépassé la crête rocheuse séparant l’anse Recisa du vallon de l’Alga.
Dans le bas du vallon, une zone humide couvre une superficie d’environ 100 m2, jusqu’au bord de la plage sableuse… Le sol de cette zone est caractérisé par l’apport calcaire provenant des dépôts quaternaires. Un peu enrichi en sel marin par les embruns, le sol y est très humide, voire marécageux dans une dépression centrale, cela durant la majeure partie de l’année. Ce microbiotope a permis l’existence d’une végétation submaritime qui n’existe que là.
Sur les dépôts quaternaires du vallon, le maquis, riche en romarin, cistes, lentisques… est bien caractérisé par l’abondance de la Passerine (Thymelaea tartonraira) connue nulle part ailleurs dans la région. Dans les espaces ouverts, où le sable redevient plus ou moins mobile, des groupements assez exceptionnels eux aussi pour la région comprennent des taxons assez rares comme l’espèce de luzerne (Medicago minima) ou de lin (Linum strictum), etc.
De l’anse Recisa à la Punta Vaccaghja le site est inscrit (arrêté en date du 25/02/1974). La carte patrimoniale de 1983 indique que, jusqu’à Punta Vaccaghja, le milieu est d’intérêt exceptionnel. C’est également, depuis 1986, une Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Floristique et Faunistique, ZNIEFF de type 1. Enfin c’est, en 2003, un site Natura 2000.
La zone de préemption au bénéfice du Conservatoire du Littoral couvre la totalité de la presqu’île de la Revellata (224 ha) depuis 1980 (arrêté préfectoral du 13 février 1980). Et 45 ha ont été acquis en 1999. La zone de préemption a été étendue jusqu’à la Punta Vaccaghja par une délibération favorable du Conseil Général le 25 juin 1998. C’est également un espace sensible de la loi Littoral (espace remarquable du L.146-6) et une zone non constructible (ND) du Plan d’Occupation des Sols de Calvi.
Au début du siècle dernier, toute la Revellata appartenait à la famille Orabona. Comme partout en Corse, de nombreuses ventes eurent lieu à des SCI, des SA, des SARL qui voulurent lotir, sans succès. Elles sont toujours propriétaires ou ont vendu à d’autres SA (SA Stareso, SARL Port Revellata, Sté immobilière de l’Alga, SARL Punta Bianca, SCI Porto Al Conte). La surface possédée encore aujourd’hui par ces sociétés représente environ 214 hectares.
Au bout de la piste en terre qui va au phare, on trouve la Stareso (sigle signifiant station de recherches sous marines) et deux maisons. Le phare, automatisé, dépend du ministère des transports. Créée en 1972 par l’université de Liège, la vocation première de la Stareso était d’offrir un centre de recherches pour les étudiants et les scientifiques. Le centre a été bâti au bord de l’eau et possède un port "privé ". À compter du premier janvier 1989, l’université de Liège a consenti un bail emphytéotique au profit de la SA Stareso présidée par M. Bonifacio et ce jusqu’au 31 décembre 2008 pour une redevance annuelle de 1 000 francs. Le cadastre indique que toute l’extrémité nord-est de La Revellata est la propriété d’une SA. Ces parcelles sont en zone de préemption du Conservatoire du Littoral, mais l’acquisition n’a pas encore été financée. Le centre fonctionne aujourd’hui comme un centre de loisirs offrant des activités de découverte du milieu naturel, des stages de plongée ou, tout simplement, des " séjours calmes et paisibles les pieds dans l’eau… pour des non-scientifiques ". " Une restauration de qualité est assurée au centre ". Afin de loger les clients, le centre a transformé le rez-de-chaussée du phare : il a été rénové et divisé en appartements luxueux loués. Jusqu’en 2002, la piste piétonne permettait d’accéder au versant ouest du phare. Des cordes barrent aujourd’hui la piste et deux panneaux tentent d’en interdire l’accès. Des chambres "étudiants" sont aussi disponibles. Bien qu’accueillant toujours et souvent des étudiants de diverses universités, la Stareso est donc aujourd’hui " un hôtel ", ce que n’aurait pas permis le POS actuel. Classée ND et espace remarquable de la loi Littoral la zone est, rappelons le, non constructible et en zone de préemption du conservatoire.
Patates inadmissibles. Toute la pointe de La Revellata doit être classée espace remarquable de la loi Littoral.
Les associations ont dénoncé avec force, en préfecture, deux " patates " qui tentent d’exclure des zones de protection, sur la carte du projet d’atlas littoral en cours de finition, les alentours de la maison Bonifacio et de la Stareso. Ce système de "patates", que l’on retrouve sur d’autres cartes, devrait être entièrement supprimé.
La loi Littoral n’autorise que des constructions liées à une activité qui nécessite la proximité immédiate de l’eau. En 2001, un projet d’implantation d’une ferme marine dans la baie de la Revellata voit le jour. Si l’autorisation est accordée, le propriétaire de l’exploitation a alors la possibilité d’utiliser une partie du littoral pour construire une structure non démontable. Monsieur le Maire de Calvi et le conseil municipal se prononcent contre, la population désapprouve majoritairement le projet (une pétition recueille plus de 1 500 signatures). Et pourtant, le Préfet donne son accord pour son implantation permettant une emprise de 20.000m2. C’est finalement l’incompatibilité du projet avec l’utilisation du plan d’eau par les canadairs qui l’empêchera d’aboutir.
C’est la mode. Mais dans ce milieu exceptionnel, leur présence est inadmissible.
Les exemples passés et les pressions récurrentes montrent que les mesures légales de protection dont bénéficie depuis de nombreuses années le site n’ont malheureusement pas entraîné sa totale préservation.
La seule véritable garantie qui permettrait d’envisager plus sereinement l’avenir de cette presqu’île est l’acquisition de la totalité de ces terrains par le Conservatoire du Littoral qui devrait en assurer une gestion rigoureuse avec ouverture d’un sentier du littoral réservé exclusivement aux piétons.

La zone "plage de l’Alga" fait l’objet depuis l’année 1999 de nombreuses dégradations, peut-être aujourd’hui irréversibles sur les plans faunistique et floristique. Des tentatives répétées d’assèchement de la zone humide en arrière de la plage ont eu lieu, suite à la mise en place illégale d‘une paillote-buvette-restaurant.
En 2000, toute la zone est passée au bulldozer afin d’aménager une plate-forme en arrière de la plage et, la même année, la zone fait l’objet d’une plantation de palmiers, végétation typiquement corse comme chacun le sait, et de gazon.
En juillet 2000, l’association U Levante porte plainte contre X pour "travaux non autorisés entraînant la destruction d’une zone humide". Le procureur n’a pour l’instant, pas fait suite. Pendant l’été 2002, des banquettes de posidonies et de sable sont enlevées à la pelle mécanique dégradant d'autant plus la plage, et déposées dans la zone humide quasi quotidiennement tandis que la paillote est agrandie. Un démaquisage en arrière augmente la superficie d’un parking.
Début 2002, la DDE dresse deux procès-verbaux à l’encontre de M. Maraninchi pour "occupation sans autorisation du domaine public maritime et construction sans permis". En juin, le tribunal administratif a jugé illégale l’occupation du D.P.M., le condamnant à la démolition et remise en état des lieux avec une astreinte de 100 euro par jour à compter du 5 septembre 2003. Alors que le tribunal de grande instance jugera pour sa part en janvier la construction sans permis, un dépliant touristique de l’Office du Tourisme indique la possibilité de restauration à l’Alga, cherchez l’erreur.
Sources du dossier :
Professeur J.Lambiron, département botanique de l’université de Liège
Fiches Ddall - Haute-Corse - Balagne - site n°4 - Cadastre - POS - etc.